Purpureus Rosa
Esprit noir et dévoré ; les chemins sinueux de la vie éclairés par la sombre lueur du crépuscule sont désormais effacés, soufflés par une tempête de mélancolie.
Le néant me recouvre, m'oppresse, je suis figé dans le silence froid et mortel de mes pensées acerbes.
Pas le moindre scintillement au-delà de la voûte céleste, ni même le plus fugace des mirages reflétant l'astre nocturne.
Les ronces du chagrin surgissent d'un sol imaginaire, recouvrent mon corps de ses tiges noires, transperce ma chair de ses longues épines. Mais aucune goutte de sang ne coule.
Je ne suis plus qu'un vestige épineux condamné à l'agonie éternelle et silencieuse, abandonné de moi-même dans l'antre cauchemardesque d'une réalité illusoire.
De temps à autre, une rose rouge germe sur les ronces obscures de mon corps. Une fois épanouie, elle boit le poison de mon âme, tandis que celui-ci se déverse en encre noire sur ses pétales, marée maléfique et assassine. La rose sans vie se détache de son pédoncule et tombe à mes pieds.
Je veux crier ! Mais dans sa gangue d'épines ma bouche ne peut lâcher qu'un léger souffle, un murmure imperceptible dans cet univers infini, angoissant.
Je veux bouger ! Mais ma prison végétale empêche le moindre de mes mouvements, anéantie toute volonté de résister.
Je suis seul ... Seul !
Des filets de sang s'échappent des commissures de mes lèvres lorsque je me mets à hurler. Une pluie sanglante jaillit de ma peau trouée et s'abat sur ce cosmos maudit.
Je pleure de douleur lorsque que mes muscles se déchirent, lorsque ma bouche tailladée crache des caillots poisseux.
Et toujours je crie ces tourments qui depuis trop longtemps dévorent mon esprit.
Les ronces explosent en myriades de particules et s'effacent en poussière argentée. Je suis libre.
Je m'effondre dans l'univers, exténué. Je ne suis qu'un amas de chairs sanguinolent, un corps en lambeau.
Alors que les échos du silence engloutissent mes derniers sanglots, la pensée de l'univers se cristallise dans une sphère protectrice dont je suis l'embryon.
Une rose rouge pousse dans la paume de ma main. Ses racines s'insèrent dans mes doigts, remontent le long de mon bras, se propagent dans mon corps, s'enroulent autour de mes os brisés et de mes tissus lacérés. Ses pétales s'ouvrent en auréoles perpétuelles tandis qu'un parfum léger et envoutant éveille mes sens, s'empare de l'œuf translucide.
La bulle ovoïde nimbée d'un halo bleu fusionne avec chaque partie de mon être, s'illumine de toute son énergie.
Mais la fleur s'assombrit... redevient rouge. Noircie, s'éclaircit...
Rouge, le sang, la vie ; noir, l'oubli, la mort.
Rouge ... noir ... rouge ...
Noir
†
Vassago

